Au coeur du tigre
J’ai un ami au coeur de tigre.
Et au coeur de ce tigre,
Tout s’était arrêté.
Un lourd rideau
De velours noir
Posé à même
Une mécanique complexe
Cachait mal
La rouille
Que le sel des larmes
Y déposait méticuleusement.
J’y ai vu
Des rouages si fins,
Et partout
Cette fine poussière blanche
Qui l’empêchait de fonctionner.
Qui l’empêchait de bondir.
On ne raconte rien
Quand c’est la jungle qui dévore le tigre.
Seuls sont témoins
Les oiseaux de paradis
Qui en chantant,
brulent le ciel de rose et d’or.
Leurs chants ne parviennent pas jusqu’à nous.
Et les échos mentent de mille manières
Pour qui souhaite les entendre.
Celui celle qui croit savoir est plus
perdu perdue,
Que
Celui celle qui admet ne plus rien voir.
Dans cette Nuit
Où dévoré,
Le tigre retire ses rayures
D’un feulement sourd,
Lorsqu’il s’habille du manteau duveteux
Des ombres où il glisse,
Il vit.
Sans savoir qu’il vit.
Il a été recraché
Dans une soudaine renaissance,
D’une étincelle de désir
Qui plus tard,
Dévorera la jungle toute entière.
Et aussi longue soit cette Nuit
Elle est un voyage
d’où on ne revient pas.
Et puis à quoi bon ?
Le vent aura sculpté des royaumes
Que la mer aura dévoré.
L’ivresse du réel
Se goûte dans l’infini.
Cette nuit là,
Je l’ai vu en rêve,
Et il y avait un tigre.
Et le coeur de ce tigre,
Battait au rythme du coeur de cet ami.
Sur le cœur d’un géant
Il y a cette femme
Faite d'un cœur de pierre
Où l'on y taille des géants,
Dont les ombres
Avalent des montagnes,
Avant de s'allonger
Au fond d'un lac
Drapé de reflets verts.
Embrassés par des nymphes
Qui délicatement retirent les peaux,
Leurs cris font chanter
Des oiseaux chamarrées
Et leur larmes fondent en torrents
Qui creusent les montagnes.
Il y a cette femme,
Qui pose ses mains froides
Sur le cœur d'un géant
Et l'éteint, dans une nuit irréelle
Avant de souffler sur les astres
Et de commander le soleil.
Et il y a cet homme,
Qui fabrique des mots,
Éclats de magie épars
Poussière de lumière
Qui déchirent la nuit
Et font briller ses yeux noirs.
Il y a cette femme et cet homme
Qui se regardent sans se voir
Parlent des langues qui n'existent plus
Qui ne se comprennent pas.
Il y a cet homme et cette femme qui ne se parlent plus.
Julien Rambaud - 06 janvier 2026